Texte de Marine Drouin pour le Panorama de Bourges, 2010 (catalogue) :

"A landscape with no name

Le paysage est partout sans pour autant déterminer de lieux. Delphine Renault en opère une schématisation dont elle déjoue la neutralité: ses images du territoire ont pour étalon son horizon propre. Deux sculptures prennent place en angle. Leur perspective dit à la fois les conditions du regard et sa limite assignée. Une invite à la contemplation qui veille à la fabrique de vos champs de vision.

Lever les yeux au ciel est l’anamorphose d’un rectangle bleu dans un coin en hauteur. Au sol, le cartel signale où se placer pour le percevoir. Un point de vue qui fait sens tout en rappelant qu’il est artificiel. Le titre est tautologique vis-à-vis de l’élévation du regard qu’il énonce, et littéralement, l’oeuvre donne à voir un coin de ciel bleu qui suggère à la fois l’évasion et la mesure de sa vanité.

Car les installations de Delphine Renault confrontent nos images mentales à l’écosystème de l’exposition, soit l’espace même. Dans Montagne 2, ce qui fait naître l’idée de montagne est le vide épargné par sa découpe. Et ce qui engage un relief est la profondeur envisagée par la position de cette plaque de corian bleu en angle. D’usage domestique, elle présente ici une fenêtre indiquée sur le monde...

...Véritable veduta que figure aussi Napa Valley, Californie, le paysage par défaut de nos écrans si galvaudé qu’il est devenu l’envers d’une image. L’artiste le recharge d’une valeur d’exposition, et de diffusion sous la forme d’une carte postale mise à disposition: l’appropriation du non-lieu passe par l’intimité d’un horizon volé. Du format paysage de poche à l’angle du white cube, les pièces de Delphine Renault nous regardent regarder. "

Marine Drouin.