Texte de Leïla Simon pour l'exposition des Bourses de la ville de Genève, Centre d'art contemporain de Genève, 2012 :

"On the road

L'installation de Delphine Renault pour le Centre d'art contemporain de Genève nous rappelle ses intérêts pour la déconstruction du réel et la cohabitation de la 2D et 3D. Ses installations sont généralement conçues tel des paysages où chaque élément est pensé dans un ensemble, du premier plan jusqu'au dernier.

L'artiste fait cohabiter, ici, des objets aux échelles différentes contribuant à l'immersion du spectateur par une perte de repère due à la complexité de leurs lignes de fuite. Peinture murale de parking, aux couleurs d’un pull des années quatre-vingt, à l'échelle 1 mise en regard avec le même motif de plus petite dimension peint sur une planche de bois roulée, sanglée et posée sur le sol. Citation littérale des road movies, « prendre la route » pour s'enfuir vers une destination inconnue ou mythique. Idée également soulignée avec les deux cylindres ouverts, Boulon (Vis et écrou), qui se regardent, se répondent avec un côté noir et un autre jaune (couleurs de signalisation de route dans certains pays).

Nous sommes constamment suspendus entre deux mondes, deux dimensions dans l'attente qu'il se passe quelque chose à moins que l'on ne soit arrivé trop tard. L'artiste nous montre un décor sous divers points de vue et nous invite à projeter une image sur ces objets, vide pour certain, proche du logo pour d'autre. Le spectateur face à cette image de paysage ressent une certaine mélancolie. Attitude à entendre dans un des sens antique du terme : mise à distance de la conscience face au « désenchantement du monde » (Starobinski). Nostalgie des années quatre-vingt ou bien incitation à un dépassement de soi, à prendre la route pour un parcours initiatique ?

Cette installation est un paysage new wave du XXIème siècle où l'artiste, tout en s'en éloignant, se réfère au Spleen Baudelairien, au romantisme allemand, à l'art minimal, à l'abstraction... Delphine Renault nous fait prendre sa route 66 de l'Histoire de l'Art."

Leïla Simon